Tout a dérapé, un secret m’a échappé, tout a dérapé.
Ça a glissé hors de ma bouche.
Le 21 juin. Une atmosphère légère et euphorique, un soir d’été de ruelle en ruelle, des mélodies qui s’offrent à nous à tous les coins de rue, et ce, jusqu’à cet instant précis où j’aperçois mon partenaire de l’époque, Kacem et un ami discuter d’un ton grave.
Je sais tout de suite de quoi il s’agit.
La fête de la musique mais soudain le silence tout autour de moi. Le silence qui se mue en mutisme entre nous pour le reste de la soirée.
Tout a basculé.
Il y a des regards que l’on n’oublie pas, qui nous habitent à vie et nous rendent visite la nuit. Je sais que quelque chose s’est brisé.
Le chemin du retour jusqu’à la maison me parait interminable !!! Chacun marche de son côté, chacun dans sa pénombre.
Dès le seuil de la porte franchie, je me confonds en excuses sans pour autant
être en mesure de soutenir son regard. Je me tiens là, nue. Je l’envahis d’un flot de paroles ininterrompues, comme pour repousser la sentence. D’un pas de velours, Kacem s’avance vers moi. Ses mains trouvent mes épaules et il prononce les mots suivants avec une infinie douceur : “Bien sûr que je te pardonne. La question ne se pose pas. Tu es toi, je ne peux pas t’en vouloir.”
Il s’exprime avec un ton d’une évidence désarmante. Il me prend délicatement dans ses bras. Je ne sais dire combien de temps nous sommes restés ainsi, un moment suspendu.
Comment ça ? “Je te pardonne”? Aucune condamnation ? Son silence n’était donc pas qu’un prélude à un plus grand malheur ? Les liens s’étiolent, se tissent et se détissent mais au cœur de leur discontinuité, j’entrevois désormais cette continuité, cet espace d’après où le moindre faux pas n’est pas suivi irrémédiablement suivi d’un adieu.
J’ai compris que ce que je présageais être la mort imminente de nos liens, s’est avéré être en réalité l’entrée dans un nouveau monde : celui des secondes chances qui jusqu’alors m’était refusée.
Il a dit OUI à tout, chaque recoin de mon être, même aux parties les plus inavouables. Un acquiescement total, absolu.
Depuis ce câlin chaud, sucré et indélébile, j’apprend à aimer dans l'incomplétude.
“Viens, on se rencontre dans nos aspérités dans toute notre laideur”