Reprendre la lecture (partie 1)
/!\ Avant de commencer, je suis dyslexique et dysorthographique, je mets mon texte dans des correcteurs et je me relie, mais ça ne suffit sans doute pas, je n’ai pas les moyens pour un correcteur, surtout pour un blog, si ça vous démange, un message avec mes fautes et je les corrigerai volontiers. J’espère que vous n’associez pas capacité de réflexion et orthographe, parce que ce serait une erreur classiste et validiste :D /!\
Les études de lettres avaient épuisé mon envie de lire, pendant plusieurs années, je me suis retrouvée en grosse difficulté pour ne serait-ce que lire un roman dans l’année. Pourtant l’an dernier, j’ai trouvé une méthode. J’ai aussi appris d’autres à travers des commentaires sur le groupe de lecture de twitter et sur tumblr. J’ai donc décidé de vous partager ici ma vision de la lecture, pourquoi vous avez du mal à lire de ce que je comprends (j’ai pas la science infuse non plus, si vous avez d’autres raisons pour le pourquoi, faites les savoir c’est toujours intéressant). Et pour finir, la semaine prochaine, je vous donnerai une petite liste d’astuce et de pratiques pour reprendre la lecture.
Mais retenez surtout : l’état d’esprit est le plus important pour lire.
Donc on revient à la grosse question : Pourquoi avez-vous du mal à lire ?
- L’école et sa version infernale de la lecture
Toute personne ayant fait des études de lettres se retrouve à s’imaginer un jour ou l’autre prof de français, parce que c’est un peu le seul débouché où y a de la demande Même si la plupart d’entre nous n’en voulons pas, vu les conditions et les concours de l’enfer à passer pour un salaire de merde, bref…. Imposer la lecture, la mettre dans un contexte scolaire, fait qu’enfant, on associe les deux activités, et comme l’une est souvent déplaisante et l’autre se retrouve notée, avec des moments de stresse pour finir à temps, d’humiliation si on ne lit pas correctement à voix haute, si on est en retard dans sa compréhension de texte, etc. Nos cerveaux jeunes et en développement associent la lecture à une corvée, à un devoir. À l’opposé des jeux vidéos par exemple (même s’il en existe pour l’apprentissage).
Le divertissement s’il est lié à quelque chose qui est obligatoire, quelque chose de négatif, il se retrouve entaché sur le long terme et cela demande un effort psychologique de ne plus l’associer.
On a ce même problème dans le sport d’ailleurs. Enfant, j’étais moins bonne que les autres, plus lente, plus gauche et j’avais un maître d’école qui me rabaissait au quotidien à propos de ça. J’habite dans le Haut-Doubs, mon grand-père était champion de ski de fond. A l’école, le ski de fond est devenu obligatoire, je me faisais hurler dessus plusieurs fois, j’ai été rabaissé. J’ai alors arrêté d’en faire lors de mon temps libre avec ma famille. Après ça, je n’y ai plus jamais touché alors que petite c’était une de mes activités préférées. Ce n’est qu’un exemple pour montrer qu’on sait, une fois adulte, le bien fait du sport, de la lecture, mais on doit faire un travail sur soi pour se défaire des associations que fait notre cerveau avec l’école, le collège et le lycée dont on ne peut rarement échapper.
- Ce qu’est lire et pourquoi on le fait
C’est peut-être un peu simpliste, mais se rappeler de ce qu’est la lecture peut faire du bien. Beaucoup l’assimile à lire un roman, un livre sans image, quelque chose qui demande de la concentration. On lit techniquement tous les jours, des sous-titres, des messages, des mails, des notices, des panneaux. Mais dire “je lis durant mon temps libre” nous fait comprendre que c’est quelque chose qui commence et se termine, qui nous explique quelque chose par un procédé de raisonnement et d’action. Les romans et tout livre philosophiques, scientifiques, etc., entrent là-dedans, mais je ne vois pas en quoi les romans graphiques, BD, mangas, comics devraient être exclus.
Il faut savoir que la lecture, en tout cas en France, a toujours été associée à un statut social. Ceux qui savaient lire, qui avaient le droit d’apprendre à lire, les moyens, le temps, étaient les gens qui avaient du pouvoir dans et sur la société. Vous penserez sans doute aux riches, mais sachez que les religieux ont eu le plus d’impact sur la vision de la lecture.
Je ne vais pas refaire l’histoire des enjeux que sont “savoir lire” et pourquoi certains ne voulaient pas que tous le puissent (je peux à la demande). Cependant, l’un des plus gros exemples que j’ai à vous proposer sur le pouvoir de la religion sur les écrits est celui du roman en prose par rapport aux récits en vers. C’est la religion qui avait décrété durant les premières années de la montée de sa popularité que c’était un sous-genre, quelque chose de non noble, que ceux qui voulaient lire des choses correctes devaient éviter les romans en prose. Les personnes qui lisaient ou écrivaient pouvaient ainsi se retrouver accablées par la société qui écoutait sans aucun recule les paroles religieuses.
Durant l’histoire de notre littérature française, d’autres écrits furent aussi dépréciés, souvent dis “amoraux”. Plus les siècles avançaient, plus les grands décideurs n’étaient plus forcément liés à la morale religieuse, mais à ceux qu’on mettait sur un piédestal. Le XIXe siècle fut encré dans un sexisme profond bien plus fort que celui des siècles précédents et les écrits des femmes furent la cible. Au début du XXIe, c’est lire des romans de fantasy, science-fiction, etc. qui étaient mal vus par l’élite littéraire. Par exemple : Tolkien en tête malgré sa popularité au cinéma. Avec les réseaux sociaux, ce classicisme dans la vision des livres rencontre beaucoup de résistance maintenant que les minorités boudées ont enfin une voix. Il n’a cependant pas disparu, encore le mois dernier, décembre 2025, une femme, qui sont le plus souvent la cible des critiques de groupe massifs, a été remise en question dans son statut de lectrice pour avoir lu 150 livres qui ne seraient pas “des vrais livres”. Ces livres sont des romances, des thrillers récents et populaires et quelques dark romances. Il n’est pas nouveau que les intérêts des femmes soient jugés comme moins pertinents, par le seul fait d’être populaire chez des femmes et on notera que les critiques les plus fortes émanaient d’hommes principalement. (d’ailleurs ce qu’ils jugent bonne littérature est un sujet à part où je risque d’être insultante).
Tout cet historique et le point d’avant nous montrent que la raison pour laquelle on veut se motiver à lire dans notre temps personnel, c’est parce qu’on nous a dit que c’était important, et ce depuis l’enfance. C’est aussi une manière de se mettre, consciemment ou non, en avant lorsqu’on socialise. Lorsqu’on dit lire, dans l’imaginaire collectif, cela veut dire qu’on est calme, cultivé, qu’on a du goût. Contrairement à ceux qui “perdraient leur temps” devant la télévision ou les jeux vidéos.
Ce sont aussi des valeurs classistes. L’apprentissage de la lecture a été pendant des générations réservées aux riches ce qui leur permettait d’avoir un ascendant sur les pauvres. Aujourd’hui, plus tu es pauvre, plus tu seras occupé à trouver des petits travails, à lutter contre tout ce qui va avec la pauvreté, insalubrité, bruits, problèmes de santé et tu n’auras pas les moyens d’avoir des livres, pas d’endroit où lire, etc. Ce sont des violences sociales sourdes et peu reconnues. Par exemple le fait que tes profs préféraient toujours Marine, parce qu’elle avait de l’avance sur les lectures et connaissait beaucoup alors que toi tu luttais pour ne pas t’endormir. Derrière se cachait le fait que Marine est bourgeoise, avec sa chambre à elle, dans un quartier calme ayant hérité de tous les Zola de ses parents et les ayant lu, car encouragée et n’ayant rien d’autre à penser qu’à l’école. Et puis il y avait toi, qui sortais du lycée et n’avais pas envie de rentrer dans un lieu mal chauffé, mal isolé, souvent surpeuplé. Difficile de faire ses devoirs quand on est 4 à dormir dans une même chambre, et notre sommeil peut aussi être impacté par tous les bruits, la qualité du lit etc. Ce que je veux dire c’est que lire n’est pas neutre, ne l’a pas été en grandissant et reste quelque chose de non neutre adulte. L’école nous veut tous égo, mais c’est faux, nous ne le sommes pas et nous n’avons pas tous les mêmes possibilités, même en ayant les mêmes cours et professeurs.
Tout ça entraîne une vision de la lecture comme quelque chose qui ne peut pas être juste un petit roman de 150 pages drôle. Non. Il faut que les noms soient connus, etc.
—> Pour reprendre la lecture, il faut jeter toutes ces idées fausses, préconçues et nocives à la poubelle.
Vous devez lire parce que vous en avez envie. Parce que l’intrigue vous intéresse, parce que c’est la biographie de votre idole, parce que vous avez besoin du réconfort d’un roman sur la cuisine, parce que vous voulez en apprendre plus sur la vision du monde d’un auteur d’un autre pays, parce que vous voulez vous perdre dans l’imaginaire d’un monde steampunk ou comment ça serait de vivre sur une autre planète, etc.
Faites la liste de vos intérêts en dehors de la lecture et trouvez, demandez des livres qui ont ces thèmes. Lisez des BD ou mangas. Lisez pour apprendre ou rire ou vous divertir. Lisez pour vous. Pas pour les statistiques en ligne, lire un livre par an est tout aussi bien qu’en lire 150, ce n’est pas une compétition. Ne cherchez pas pour l’approbation des autres.
Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques est le titre du roman qui est connu en film sous le nom de Bladerunner, écrit par Philip K. Dick, un maître de la science-fiction. Je n’ai pas accroché au film, mais le livre j’ai adoré, bien plus philosophique il apporte beaucoup plus que le film. Je le lisais lors d’un de mes cours en 2e année de licence de lettres pendant la pause, alors que les autres étaient sorties fumer. La prof est venue voir, a hésité, puis m’a dit qu’il y avait quand même mieux à lire que ça et est partie. Je n’ai pas arrêté, je l’ai fini, c’est un de mes livres préférés. J’ai réussi ses examens, j’ai eu ma licence sans trop de soucis, tous les livres qu’elle nous a fait lire et recommandés, aucun ne me reste. Ils ne m’ont pas marqué. J’ai appris plus, me suis plus posé de questions avec K. Dick que n’importe quel autre “bon livre” de ce cours. Oubliez ces profs élitistes. Lisez pour vous.
Je ne reviens pas sur l’audiobook qui est un sujet à part, j’ai bien sûr un avis dessus, n’hésitez pas à demander.
- La vision de la lecture en elle-même
Pour finir, je vais essaye de faire plus court. Je ne sais pas comment vous imaginez la lecture, mais moi je l’imagine comme dans les sims. Dans les sims, nos personnages en fonction des compétences ne peuvent parfois pas lire certain livre, on a souvent “livre cuisine 1” “livre cuisine 2” etc et ils refermeront le livre rapidement s’ils n’ont pas le niveau.
Lire en général marche pour moi de la même manière. Et pour augmenter de niveau, il faut lire des livres des niveaux précédents. Bien sûr, vous pouvez vous forcer à lire un livre de niveau supérieur, mais l’expérience risque d’être peu plaisante et même vous dégoûter de la lecture. Peu importe votre niveau, il n’y a aucune honte à être bas et à ne pas vouloir augmenter, je vous le répète, lisez pour vous. Ce n’est pas une compétition, et ceux qui sont niveaux dix ne sont pas “meilleurs”, “plus intelligent”, ils se sont juste concentrés sur cette compétence plutôt qu’une autre.
Classer les livres par niveau (ça marche aussi si vous apprenez une langue et que vous voulez lire dans cette langue, commencez par les livres pour petits avant de vouloir lire un roman, même si vous êtes adultes, lorsqu’on apprend une langue, on est tel un enfant)
Niveau 1 - Livres pour tout petits, avec des mots simples, beaucoup d’images
Exemple : Une histoire à quatre voix de Anthony Browne, l’intégralité de Claude Ponti,…
Niveau 2 - Livre à texte pour moins de 12 ans
Exemple : Je m’y connais pas du tout, demandez aux bibliothécaires, aussi y a des éditions spécialisées et c’est marqué au dos.
Niveau 3 - BD/mangas etc tout public
Exemple : Carnet de Crise par Joris Chamblain et Aurélie Neyret, Chi de Konami Kanata, Détective Conan de Goshi Aoyama, …
Niveau 4 - Livre pour adolescent
Exemple : La quête d’Ewilan de Pierre Bottero, Les Percy Jackson de Rick Riordan,…
Niveau 5 - Livre Young Adult (même s’ils sont souvent très mal catégorisés à cause de sexisme par exemple, une autrice sera souvent mise là par défaut alors que son livre est pour adulte)
Pourquoi : public cible et personnages dans le roman sont des adolescents, ça tourne autour de leurs problèmes -même dans du post appocalypse, le protagoniste a son crush sur le ou la bg bg du groupe par exemple-, peu de vocabulaire trop avancé, peu de descriptions/gros pavés
Exemple : Les Hunger Games de Suzanne Collins, Nos Etoiles contraires de John Green, Les amours de Lara Jean de Jenny Han,…
Niveau 6 - Les pageturner (thriller, enquête, mystère, recherche d’un trésor etc)
Pourquoi : ce sont des romans pour adultes, donc thèmes souvent plus compliqué, protagonistes adultes etc mais qui ont une trame narrative mystérieuse qui donne envie de revenir, de savoir comment ça va se finir. On est plus là pour les retournements de situation que pour l’ensemble du roman en lui-même.
Exemple : Agatha christie, Sherlock Holmes, Maxime Chattam,…
Niveau 7 - Les romans adultes en tout genre
Pourquoi : Personnage adultes, thèmes adultes, vocabulaire plus varié et difficile. Le dénouement est moins important que le chemin pour y arriver. Servent à mettre en avant une romance, une histoire lié au travail, à l’emploi, au monde adulte ou encore tous les romans qui racontent des vies réelles différentes, souvent plus difficile. Les témoignages rentrent aussi dans cette catégorie.
Exemple : Metro 2033, Eutopia de Camille Leboulanger,…
Niveau 8 - Les livres qui se foutent de ta gueule (et tu le sais)
Exemple : Sarko et son livre de prisonnier de mes couilles
Niveau 9 - Les romans qui se comprennent/s’apprécient vraiment que si on connaît l’auteur/le contexte de l’époque dans lequel il est sorti.
Exemple : L’étranger de Albert Camus, l’intégralité des Rougon-Macquart de Zola, Si c’est un homme de Prima Levi
Niveau 10 - Les livres abstraits & les livres monstres
Pourquoi abstrait : la littérature surréaliste, expérimentale, qui ne cherche pas à raconter d’histoire
Pourquoi livre monstre : ce sont ces livres immenses, qui n’en finissent pas, qui sont reconnus comme difficile à lire, on est plus sur du challenge de lecture et on aime souffrir ici
Exemple : La recherche du temps perdu de Proust, Ulysse de James Joyces, Mason et Dixonde de Thomas Pynchon (le libraire m’a dit bonne chance pour celui-là)
[c’est mon classement vous pouvez le changer en fonction de vos capacités, l’important c’est de savoir si vous compreniez l’idée]
Outre tout ce que je viens de dire, ce tableau est selon moi utile pour expliquer pourquoi se dire “je vais lire Zola” (notamment parce que “classique” = “doit être lu”, même si c’est faux, je comprends l’envie et la démarche). Sauf que Zola est niveau 9 car le contexte, le naturalisme, etc. tout ça il faut le savoir pour apprécier. Et il faut apprécier les pavés, ce qui ne se fait pas spontanément, mais à force de lecture. Commencer par ça pour une reprise est pour moi une erreur à moins que vous soyez déjà familier avec son travail.
Vous avez le droit de ne pas avoir envie de lire (sauf pour vos études, c’est le but mdr), vous êtes adulte, lire peut vous apporter des choses, mais si vous avez un job, etc., pourquoi lire quand vous avez juste envie de jouer ? Tous les médiums ont leurs positifs (ne serait-ce que vous détendre ce qui est pas mal à l’heure actuelle).
On se voit lundi prochain pour Les Astuces
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